Anne Matinet – Tartefine

Photo: Maison Moderne

Fruit d’un partenariat entre l’Agence pour le développement de l’emploi (ADEM), la Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers, le programme de formation Fit4entrepreneurship permet à des demandeurs d’emploi de lancer leur propre société. Paperjam.lu est allé à leur rencontre. Anne Matinet nous présente Tartefine Luxembourg, à Bonnevoie.


Madame Matinet, vous venez de créer et de lancer il y a peu votre propre société, Tartefine. Quel était votre parcours précédemment?

«J’ai travaillé durant 20 ans dans l’aéronautique, notamment comme hôtesse de l’air chez Emirates puis chez XL Airways où j’ai terminé comme directrice du personnel navigant. Parallèlement, il y a une dizaine d’années, j’ai passé – au cours d’une année sabatique – un certificat d’aptitude professionnelle de pâtissier, chocolatier et confiseur glacier.

Je savais que l’aérien ne serait que temporaire dans ma carrière et je songeais déjà à l’époque à me réorienter vers quelque chose qui me passionnait et me permettrait un jour peut-être de me lancer dans l’entrepreneuriat.

J’ai ensuite quitté XL Airways et un de mes amis m’a proposé d’intégrer une autre compagnie aérienne, Global Jet, ici au Luxembourg. L’expérience a cependant vite tournée court, mais elle m’a permis de découvrir le Grand-Duché pour lequel j’ai rapidement eu un coup de coeur.

Grâce à mon expérience de directrice du personnel, j’ai trouvé un emploi au sein d’une entreprise de sécurité et de gardiennage, la Brinks, où j’ai été nommée responsable de la formation et des ressources humaines, un poste que j’ai occupé durant deux ans pendant lesquels j’ai suivi différentes formations, notamment en luxembourgeois.

M’étant ensuite retrouvée au chômage, j’ai entendu parler du programme Fit4entrepreneurship pour lequel je me suis portée candidate.

Qu’est-ce qui vous a poussée à vouloir adhérer à ce programme?
«L’envie de me lancer! Sans cette formation, je n’aurais pas osé créer ma propre société. Elle m’a permis d’avoir davantage confiance en moi, et surtout de mettre en pratique et de concrétiser mon idée.

En quoi Fit4entrepreneurship a-t-il consisté?
«C’est une formation qui consiste en différents modules qui se sont déroulés, pour le groupe dont je faisais partie, d’avril à juin 2015. Mon projet ayant été retenu, j’ai été invitée à suivre – à raison de trois jours par semaine en moyenne – des cours de comptabilité, de marketing ou encore de stratégie d’entreprise, donnés par des intervenants externes sélectionnés par la Chambre de commerce.

Mais l’élément important est la construction du business plan lié au projet de chacun et qui nécessite un travail personnel à réaliser chez soi, en-dehors de ces cours. J’ai bénéficié pour ce point de l’aide d’un coach, Jean-Paul Félix, conseiller en gestion des affaires et partner de Coprocess Group.

Qu’avez-vous retiré de cette formation?
«Une structure, un cadre, mais aussi des relations. Quand je me suis lancée, face à certaines difficultés, j’ai pu compter sur les conseils de différentes personnes, à la Chambre de commerce ou à la Chambre des métiers, pour les résoudre.

Quand vous-êtes vous lancée?
«Dès la fin du programme, lorsque je me suis mise à la recherche d’un local que j’ai finalement trouvé au cœur de Bonnevoie. Mais il y avait beaucoup de travaux, dont une partie a été prise en charge par le propriétaire. Cela a un peu retardé l’ouverture de la boulangerie qui était initialement prévue pour décembre.

Il vous a fallu de l’argent au départ…
«Oui, c’est certain. J’ai utilisé la prime obtenue lors de mon départ de la compagnie aérienne. Il faut au moins 12.500 euros pour créer une société. C’est le minimum. À quoi s’ajoutent encore tous les frais liés à votre installation. Selon votre activité, cela peut vite grimper. D’où la nécessité d’obtenir un prêt.

Fit4entrepreneurship vous a-t-il aidé à l’obtenir?
«Les banques sont frileuses. Très frileuses même. Et sans garanties, je pense que cela aurait été difficile. L’Europe prête beaucoup d’argent aux banques pour qu’elles investissent dans l’entrepreneuriat, mais les banquiers prennent en définitive très peu de risques. Il a donc fallu négocier.

Le fait que la Chambre de commerce vous suive et vous mette le pied à l’étrier ne suffit pas. La banque reste l’étape la plus difficile. Au même prix, il est plus simple d’y obtenir un prêt pour un luxueux 4X4 que pour lancer sa propre entreprise.

Comment êtes-vous arrivée à Bonnevoie?
«Les loyers réclamés au centre-ville étant impayables, surtout lorsqu’on débute, j’ai été contrainte d’aller chercher ailleurs, jusqu’à trouver ce local ici à Bonnevoie. C’est un quartier assez dynamique. Et l’emplacement est plutôt idéal puisqu’il n’y a pas de concurrence toute proche et, donc, une certaine demande de la part des riverains, confirmée par une étude de marché.

Je m’y suis installée tranquillement, avec un coup de pouce ici et là des autres membres de Fit4entrepreneurship, dans leur spécialité respective. Car ce programme a aussi créé des liens. Certains autres participants sont devenus des amis.

Accordez-vous une attention particulière aux produits que vous proposez?
Oui, principalement aux produits de base que nous utilisons. Nos farines, levures, levains et nos œufs sont issus de l’agriculture raisonnée et son certifiés ‘label rouge’.

Quel objectif vous êtes-vous fixé?
«L’objectif est de faire grandir l’entreprise, de développer les produits qu’elle propose, qu’il s’agisse des pains, de la viennoiserie ou des chocolats. Et de nous faire connaître, par le bouche à oreille, des flyers, une page Facebook ou encore un site internet.

La Chambre de commerce et celle des métiers sont-elles toujours derrière vous aujourd’hui?
«Oui, il y a toujours une écoute bienveillante et elles sont toujours là au besoin. Non seulement on vous apprend comment faire, mais en plus on vous suit!»

© Paperjam / Maison Moderne
Interview publié sur Paperjam.lu le 02/05/2016
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